Guide de l’innovation et villes durables : repères pour l’action

les grands enjeux de société associés à l’innovation dans les territoires urbains

Les villes sont des lieux où se concentrent les enjeux du développement durable. C’est en effet dans les grands centres urbains qu’a lieu l’essentiel des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Ce phénomène s’explique par le fait que les villes regroupent la majorité des fonctions productives des pays développés ou en voie de développement et qu’elles sont devenues des carrefours incontournables pour les flux matériels et immatériels de biens et de personnes. Cette concentration des activités et des émissions de CO2 va de pair avec la croissance démographique des centres urbains où se concentrent, depuis 2007, plus de 50 % de la population mondiale et les deux tiers d’ici 2050. En France, l’urbain représente déjà 80 % de la population, 75 % de l’énergie finale consommée et les deux tiers des émissions des gaz à effet de serre.

voir le guide complet « Vademecum- Innovation et villes durables : repères pour l’action »

Extrait de la préface

L’exode rural entraîne naturellement un mouvement d’extension urbaine qui alimente la tendance à l’allongement des distances et le développement des mobilités et des transports à l’origine de 27 % des émissions de gaz à effet de serre. L’évaluation des impacts de la croissance et de l’étalement urbains sur l’environnement ne se mesure pas seulement en tonnes de CO2 émises dans l’atmosphère mais doit également intégrer d’autres paramètres tels que la dégradation de la qualité de l’air, des écosystèmes, les impacts sur la santé publique, l’alimentation et la gestion des déchets.

Proposer de nouvelles méthodes pour concevoir et penser la ville de demain, c’est donc agir directement sur l’une des principales composantes du problème écologique mondial. Il y a urgence à réfléchir à de nouveaux standards environnementaux pour les villes et c’est dans ce sens que vont les politiques publiques s’inscrivant dans une logique compatible avec le « Facteur 4 », c’est-à-dire la division par quatre les émissions de gaz à effet de serre d’ici 40 ans. Le « Facteur 4 » a été intégré dans les textes et réglementations de l’UE (avec les objectifs 3 x 20 du Plan Climat Européen notamment) et en France dans le cadre du Grenelle de l’environnement et de loi sur la transition énergétique qui fera l’objet d’un vote en début d’année 2015. Atteindre ces objectifs environnementaux ambitieux implique de repenser les centres urbains et leur fonctionnement, ce qui nécessite de renouveler complètement l’approche des politiques urbaines afin d’accélérer la transition des villes actuelles énergivores et tentaculaires, vers des modèles efficients et plus denses, plus respectueux de l’environnement et du bien-être des habitants.

Pour effectuer ce saut qualitatif indispensable, il est nécessaire d’avoir recours à des méthodes innovantes pour concevoir la ville différemment et développer des innovations qui structurent le développement urbain sous ses aspects techniques et technologiques (avec la construction, l’énergie, les transports, les réseaux numériques, etc.) et ses aspects politiques et sociaux (les modèles économiques, les nouvelles formes de démocratie, etc.). L’innovation et l’implantation de démonstrateurs dans les milieux urbains sont en effet au cœur d’un processus qui permettra de valider des pratiques et objets urbains nouveaux, soucieux du développement durable. Autrement dit, c’est grâce aux démonstrateurs d’aujourd’hui que nous préparons la ville durable de demain.

Au-delà de cet enjeu crucial, les motivations qui peuvent pousser un collectif d’acteurs à développer des innovations urbaines dans un territoire sont variées. Elles concernent également le développement économique, l’attractivité territoriale, l’amélioration de la qualité de vie et des services pour les habitants, la réalisation d’économies publiques, la régénération de quartiers, etc. L’innovation est ainsi un puissant ressort au service de la performance urbaine sous toutes ses formes.

Dans cet environnement complexe qu’est la ville, les acteurs privés et publics souhaitant créer de nouvelles manières de produire et de vivre la ville doivent nécessairement avancer par itérations, en testant leurs innovations dans un milieu urbain réel, seul moyen d’en mesurer les retombées concrètes, en lien avec les autres composantes du « système ville ». L’expérimentation d’une innovation en milieu urbain est un enjeu d’autant plus grand que la ville fonctionne de manière systémique et qu’on ne sait pas reproduire à petite échelle la complexité de l’urbain. C’est tout l’enjeu du passage à l’échelle rendu possible par la mise au point de démonstrateurs implantés dans les milieux urbains et devant permettre de valider en conditions réelles les innovations testées, en interagissant et en « co-innovant » avec les habitants utilisateurs.

Par ailleurs, les démonstrateurs et les laboratoires-territoires de villes durables jouent un rôle non négligeable en matière d’acculturation des populations à l’adoption de nouvelles pratiques, en renforçant l’acceptabilité et la désirabilité sociale des innovations. Par exemple, l’implantation progressive du vélib’ dans certains quartiers de Paris, puis à l’ensemble de la petite couronne, suivie de la création d’autolib’, illustre un effet typique d’accoutumance progressive des habitants pour de nouveaux services urbains. Enfin, ces démonstrateurs visent également à pérenniser plus rapidement les modèles économiques des innovations urbaines, en les confrontant directement à la réalité des conditions d’exploitation, c’est-à-dire à des risques économiques qu’il aurait été impossible de mesurer autrement.

Innover dans la ville est donc devenu une préoccupation centrale tant pour les élus que pour les entreprises ou même les citoyens. Mais l’innovation urbaine soulève de nombreuses questions d’ordre méthodologique et impose un bouleversement des pratiques actuelles des différents acteurs concernés, en matière de gouvernance et de partenariat avec les entreprises, d’organisation et de management internes, d’implication des citoyens, de montages juridiques et financiers, de méthodes d’évaluation et de reproductibilité.

Il existe déjà en France de nombreuses initiatives en matière d’innovations urbaines. Néanmoins, ces initiatives se développent souvent indépendamment les unes des autres, sans que n’aient vraiment pu émerger à ce stade des évaluations suffisantes, un partage coordonné, et une capitalisation efficace des bonnes pratiques et des méthodes, seuls garants de la sécurisation et de la systématisation de ces démarches innovantes à forts enjeux.

C’est précisément l’objectif de ce vademecum, qui se veut un condensé méthodologique sur le management de l’innovation en milieu urbain, issu de l’observation des meilleures pratiques en France et en Europe. Passons à l’action, innovons !

Nicolas Blanc, Responsable Innovation et Développement Durable du groupe Caisse des Dépôts

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